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Analyse du « Test universel de comestibilité des plantes sauvages »

Mis à jour : janv. 26


On trouve dans certains livres ou sur certains sites, un test de comestibilité des plantes en plusieurs étapes, censés pouvoir démontrer, par l’expérimentation, la comestibilité d’une plante. Ce test serait issu d’un protocole des Navy Seal de l’US army. Il comporte, en général, une douzaine d’étapes, mais dans certains ouvrages il existe des protocoles résumés en 5 ou 6 étapes.

Quoiqu’il en soit, ce protocole n’est pas valide dans toutes les circonstances. Il peut même être dangereux de le pratiquer lorsqu’on est en mode survie, donc potentiellement déshydraté et en cétose (induit par un jeun prolongé), états qui peuvent fausser, et le résultat, et l’analyse qu’on en fait. Sans être en péril, il peut être dangereux de se baser sur ce test pour déduire la comestibilité d’un végétal. Car, même en suivant le protocole minutieusement (ce qui parait déjà assez ardu puisqu’il implique un jeun de plusieurs heures) c’est souvent à la fin, lors de l’ingestion de la plante en quantité alimentaire que la toxicité se révèle.

Voici les principales étapes de ce test, avec les objections qui s’opposent à sa validité :

1– Ne testez qu’une seule partie de la plante à la fois.

– Divisez la plante en ses différents composants de base : feuilles, tige, racines, etc.

2– Abstenez-vous de manger pendant huit heures avant de pratiquer le test. Cette abstinence, peut fausser le test car certaines plantes ne réagissent pas de la même façon sur un organisme en cétose (suite à un jeun) Exemple : la germandrée petit chêne Teucrium chamaedrys L. peut provoquer des hépatites aiguës sur un organisme en état de jeun. Ce qui peut se produire à la dernière étape de ce protocole puisque la toxicité se révèle à la suite d’une ingestion en quantité conséquente.

3– Au cours de cette période, déposez un petit morceau de plante à l’intérieur de votre coude ou de votre poignet ; attendez quinze minutes pour détecter une éventuelle réaction cutanée. En fonction de l’état de sécheresse de la plante ou de son stade végétatif, de la sensibilité cutanée du testeur, il peut n’y avoir aucune réaction cutanée. Exemple : Datura Datura stramonium.

– Au cours de la période du test, n’ingérez rien d’autre que la plante testée et éventuellement de l’eau pure.

– Coupez un petit morceau de l’un des constituants de la plante.

4– Avant de le mettre dans votre bouche, placez-le sur la surface extérieure de votre lèvre afin de détecter d’éventuelles sensations de brûlure ou de picotements. Peut se produire avec beaucoup de plantes parfaitement comestibles. Exemple : l’ortie Urtica dioica, les borraginacées, certaines apiacées comestibles comme la berce Heracleum spondylium ou le panais Panastica sativa. Et inversement ne pas se produire avec des plantes toxiques.

5– Si au bout de trois minutes, vous ne constatez pas de réactions, placez le morceau sur votre langue, et attendez un quart d’heure.

6– Si vous ne constatez pas de réactions, mâchez-le et gardez-le dans votre bouche pendant un quart d’heure. Ne l’avalez pas.

– Si vous ne constatez aucune irritation ou réaction de ce type, vous pouvez avaler le morceau de plante. A ce stade, la plupart des plantes mortelles passent, car la létalité dépend de la dose Exemple : la parisette Paris quadrifolia, le muguet Convallaria majalis, la petit cigüe Aethusa cynapium , la grand cigüe Conium maculatum, etc.

7– Attendez huit heures. Si, durant ce laps de temps, vous constatez un effet indésirable de quel que type que ce soit, faites-vous vomir et buvez d’importantes quantités d’eau. Lors d’un jeun, des nausées peuvent apparaitre qui ne seraient pas forcément dues à une toxicité de la plante testée.

8– Si vous ne constatez aucune réaction (le type de réactions est important et non détaillé dans ce protocole. Une réaction peut être physique ou psychologique, tant dans un sens positif que négatif), vous pouvez manger environ 50 g du morceau testé de la plante, cuit ou préparé de la même façon que lorsque vous l’avez testé. Attendez de nouveau huit heures. A ce stade, sur un organisme adulte en bonne santé, une plante mortelle peut ne pas l’être encore. La réaction corporelle dépend beaucoup du poids du sujet, de son âge, son état de santé. Mais aussi de la plante elle-même. Une plante mature peut être plus toxique qu’une jeune. Exemple : la petite cigüe peut être mortelle dès 5 g. 4 ou 5 baies de parisette peuvent provoquer un arrêt cardiaque chez un enfant

9 -En l’absence d’effets indésirables au cours de ce laps de temps, on peut considérer le constituant testé comme comestible. C’est là que les ennuis commencent pour un adulte en bonne santé. Parce qu’il pourra passer allègrement les précédentes étapes, décidera de se nourrir de la plante testée (puisque visiblement il n’a pas accès a autre chose) pour que cette consommation ait un impact nutritif, il la mangera en quantité suffisante, donc importante, pour soulager sa faim…Jusqu’à la fin de ses jours, s’il s’agit d’une plante toxique non détectée par ce protocole comme, entre autre, le muguet (régulièrement confondue avec l’ail des ours) ou la petite ciguë (régulièrement confondue avec le persil plat ou le cerfeuil).

Les limites de ce test résident dans son protocole qui ne se base que sur une évaluation cutanée, mais ne donne pas le mode d’évaluation des réactions. Ces réactions peuvent être variées, induites par une plante toxique ou non. Comme la sécheresse buccale, qui peut être induite par une plante mortelle comme la jusquiame noire Hyoscyamus niger, ou simplement par la déshydratation. Ou les étourdissements et des sensations de fourmillements qui peuvent provenir du végétal testé (l’aconit Aconitium napellus par exemple) ou d’un simple état de jeun ou de fatigue. Avec ce test, Il est donc possible d’éliminer facilement de très bons comestibles ! il y a aussi le fait qu’il n‘est pas facile d’estimer 50 g ou une limite de poids en pleine nature. Par ailleurs, si on est en survie au point de devoir tester des plantes pour se nourrir, cela veut dire qu’on est sans aucun autre approvisionnement depuis plusieurs jours.

On peut vivre sans manger 3 semaines environ, et quoiqu’il arrive on doit avoir de l’eau pour assurer la digestion. En cas de situation de survie, Il vaut donc mieux ne pas se lancer dans ce protocole. Pour le reste, si vous le faites pour évaluer votre cueillette, il vaut mieux au départ consommer un minimum de plantes, très communes, que vous aurez appris à identifier au préalable par l’usage des sens (vue, odeur, toucher) sans les ingérer. Les risques d’intoxications provenant la plupart du temps d’une confusion entre plante comestible et toxique (la datura et le chénopode – la consoude et la digitale) il est important également se former avec de bons livres ou des professionnels de terrain.


Hildegarde Laurence Talleux


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