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L'Ortie dans tous ses états


L'ortie est bien une des rares plantes que tout le monde connaisse. Au fin fond des banlieues, là où la Nature n'est plus qu'un lointain souvenir, elle parvient à ... piquer notre curiosité. Amie de l'Homme, elle campe sur ses ruines et parmi ses décombres. Au pied des murs, sur les décharges, au bord des routes, grandes ou petites, elles contemplent notre activité. Malgré tous les efforts pour la déloger, elle parvient toujours à échapper au Round'Up en se faufilant de l'autre côté du fossé.

Tapie, elle attend son heure... Mais cette plante à la réputation funeste n'a pas toujours eu aussi mauvaise presse. Au sortir de l'hiver, nos aïeux étaient bien heureux de voir ses jeunes pousses jaillir du sol.

Pour cuisiner l'ortie, il est nécessaire de choisir de jeunes plants et de ne cueillir que les feuilles terminales. La tige étant très fibreuse, mieux vaut éviter de trop en ramasser. Pour une récolte sans douleur, n'oubliez pas de vous munir de solides gants.

Une fois ébouillantée, l'ortie perd son pouvoir urticant. Les feuilles ainsi cuites peuvent alors être manipulées sans précaution particulière.

Enfin choisissez avec soin vos lieux de récolte. Évitez les abords des routes trop passantes ou les décharges publiques. N'utilisez pas non plus pour vos plats des plantes qui auraient échappées aux produits chimiques de votre voisin.


Dans le domaine de la santé elle est utilisée depuis des siècles et considérée comme une hémostatique puissante. La plupart des auteurs anciens comme Dioscoride (Ier siècle), ont loué "ses effets dans l'hémoptysie, les métrorragies, les saignements de nez, les hémorragies diverses". Au XVIII° siècle, Chomet considère l'ortie comme "l'un des plus assurés remèdes pour le crachement de sang et pour les hémorragies ; j'en ai ordonné, dit-il pour la première maladie à plusieurs personnes, et toujours avec succès". Dans la métrorragie et la leucorrhée, il prescrivait le bouillon de veau où avait bouilli une poignée d'ortie. Bien dédaignée par les praticiens ultérieurs, la plante dut sa réhabilitation officielle aux observations de Ginestet, en 1845. Ce médecin du Tarn-et-Garonne publia un mémoire consacré à ses effets remarquables dans le traitement des hémorragies utérines.

Le suc frais est le mode d'administration à préférer : 60 à 125 g par jour dans un peu d'eau. Ceux qui ne disposent pas de plantes fraîches pourront préparer le sirop suivant (H. Leclerc : Faire infuser pendant douze heures 250 grammes d'ortie fraîche dans 1,5 litres d'eau bouillante ; filtrer et ajouter le double de son poids en sucre ; prendre 200 à 300 grammes par jour.

NB : A forte dose l'ortie peut supprimer les urines ; ses graines considérées par certains comme puissamment purgatives, doivent être écartées de toutes préparations.


Les vertus hémostatiques de l'ortie seront mises à profit dans le saignement de nez où il suffit bien souvent d'introduire un coton imbibé de suc frais dans les narines pour voir cesser les saignements.

Le suc et la décoction (60 g pour 1 litre, réduit d'un tiers) s'emploient en collutoire ou en gargarisme dans l'angine, les aphtes, les inflammations ou engorgement des gencives. Les feuilles cuites et réduites en bouillies sont détersives et résolutives ; on les appliquaient sur les tumeurs lymphatiques et les ulcères. Buc'hoz, l'un des monographes de l'ortie (1805), rapporte que Dufrenoy, médecin à Valenciennes, ayant remarqué l'usage populaire de l'ortie pour conserver la viande (on l'enveloppait dans ses feuilles), supposa que la plante pouvait avoir des vertus antiseptiques et en fit l'essai avec succès dans quelques cas de gangrène, spécialement à la lèvre et au pied. Il employait le cataplasme ci-dessus, avec l'addition de sel et d'eau-de-vie et le faisait arroser de suc frais toutes les quatre heures. Cazin n'a pas expérimenté l'ortie dans ces affections chez les humains mais il en a vu les bons effets en médecine vétérinaire.

Ce révulsif, encore usité dans les campagnes, peut calmer les douleurs rhumatismales. A des fins aphrodisiaques, il tient plus du sadisme que de la phytothérapie !

Le suc d'ortie, que l'on peut mêler à parts égales avec le suc des feuilles et des graines vertes de capucins favorise remarquablement la croissance et la repousse des cheveux. On en frotte vigoureusement les parties dénudées. Certains produits, sous le nom mystérieux de "Dioïca" ne cache rien d'autre que notre bonne mauvaise herbe.

Pierre Lieutaghi - Le livre des Simples - Ed. Actes Sud


Enfin on est très surpris de découvrir que l'Ortie était encore cultivée dans les années 1920 pour la qualité de sa fibre textile. Peut-être y a-t-il là quelque chose d'oublié à redécouvrir ? Mais laissons parler notre chère comtesse de Gencé de la culture de l'Ortie en 1920. L'ortie est une plante très vivace qui constitue un excellent fourrage pour les bestiaux. Surtout quand ils sont à demi fanés, les poils des feuilles sécrètent un liquide corrosif qui rend leur piqûre très désagréable. Certaines variétés d'ortie donnent des fibres textiles. La variété la plus cultivée en Chine et dans les Indes est appelée "ramie". La filasse en est très fine et très résistante. L'ortie vient très bien dans les terrains arides et pierreux, dans les sols légers et profonds, comme dans tous les endroits ombragés et humides à température à peu près égale. On le sème au printemps ou vers la fin de l'été ou au commencement de l'automne. Sa graine ne s'enfouit pas à plus de 1 centimètre. Si l'on fait les semailles à la volée, on en emploie de 8 à 10 kilogrammes par hectare. Au semoir, on n'emploie guère plus de 4 à 6 kg/ha de semences avec un écartement de lignes de 4 à 6 centimètres. Dans les climats tempérés, la seule variété facile à cultiver est l'ortie de Chine argentée ou ramie blanche, dont les fibres blanches et brillantes ont l'éclat de la soie. On plante serré pour forcer la plante à monter en tige. Il faut sarcler fréquemment. Au bout de trois mois, la tige est longue d'environ 1 mètre et commence à brunir. Il faut la couper sans attendre la floraison. On peut faire trois récoltes par an, pendant au moins quatre ans , mais le rendement de la première année est presque nul. En moyenne l'ortie produit de 18 à 30 quintaux de tiges à l'hectare. Les tiges sont décortiquées à la main ou à la machine. On en extrait ainsi des fibres, qui sont ensuite séchées au soleil. [Encyclopédie de la Vie Pratique, Volume III Comtesse de Grangé 1920, Paris Librairie Nationale des Beaux-Arts. Page 1933] Transcription et adaptation YG.


L'équipe d' Echappées Sauvages



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